
Lislie Varenne est écrivaine et journaliste française avec une vingtaine d’années d’expérience dans le journalisme d’investigation. Dans un entretien avec une chaine de TV, la journaliste raconte les dessous du coup d’État du 5 septembre 2021 contre le régime d’Alpha Condé. Deux questions ont permis à Lislie Varenne d’expliquer ce coup de force des Forces spéciales.
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Concernant le coup d’État sanglant en Guinée qui a évincé Alpha Condé le 5 septembre 2021, est-ce que le chef du putsch Mamadi Doumbouya a été appuyé par la France et les États-Unis ?
« Le coup d’État du 5 septembre 2021, c’est le seul coup d’État où il y a eu des morts, parce que dans les autres coups d’État, il faut préciser qu’il n’y a pas eu de morts, aucun mort, aucun blessé. Peut-être quelque part il y a eu des morts et qu’on les a cachés mais peut être au Burkina Fasso lors du premier coup d’État… Sinon aucun coup d’État n’a été sanglant. Celui qui a eu lieu à Conakry a été particulièrement sanglant. Il faut savoir une chose aussi, c’est que les morts pendant les coups d’État c’est l’omerta absolu. J’ai été en Guinée, j’ai rencontré des gens.
On n’a pas de chiffres précis mais c’est quand même important hein ! Certains disent jusqu’à 160 morts. Il y a des associations de femmes qui peuvent plus parler aujourd’hui mais elles cherchent toujours les dépouilles de leurs maris. Ça été un vrai coup d’État, qui a été néanmoins bien monté. Je le raconte dans le livre, il y a eu une infiltration intérieure et il a été réalisé par les Forces spéciales de Guinée. C’est ce qui est très curieux dans ce coup d’État, c’est qu’ils chassent le Président Alpha Condé qui était là depuis dix ans et qui s’était fait élire pour un troisième mandant constitutionnel. Une élection qui s’est très mal passée parce que le troisième mandat anti constitutionnel ne sont jamais bien approuvé. Donc Alpha Condé est déchu lors de ce coup d’État réalisé par les Forces spéciales.
Première chose, celui qui va devenir chef de la junte qui est le chef des Forces spéciales Mamadi Doumbouya, un ancien légionnaire français. Marié avec une officière de la Gendarmerie française. Lui, il ne participe pas au coup d’État. Selon plusieurs témoignages, il était à bord d’une voiture près d’une ambassade et attendait que le coup d’État soit fini. En revanche ce qui est très curieux en ce moment-là, une fois que le coup est fait et que Alpha Condé est arrêté, déplacé de son palais… On voit des militaires américains tous joyeux qui suivent le convoi des forces spéciales. Ça c’est quand même surprenant pour le moins. Alors bien évidemment les images sont passées sur internet. On a vu ces vidéos, se faisant acclamer par la foule. Donc le pentagone a réagi, Africom a réagi, un consul américain a réagi, bref tout le monde a réagi en disant non ils (militaires américains) étaient là mais c’était par erreur. Après j’ai appris mais c’est très difficile à vérifier mais j’ai appris qu’il y avait 100 militaires américains qui étaient arrivés la veille au soir et qui étaient arrivés dans un grand Hôtel de la place. Donc, est-ce que les Forces spéciales guinéennes ont été aidés par les militaires américains ? ça reste un point d’interrogation mais il y a quand même des éléments qui permettent d’être pour le moins interrogatif.
La deuxième chose, c’est que Alpha Condé était quand même un président assez proche des Russes. La Guinée est un pays minier. Le gisement Simandou c’est le plus grand gisement de fer au monde. Les chinois avaient une bonne partie. Les Russes à travers l’entreprise RUSAL avaient une bonne partie. Alpha Condé avait aussi de très bonnes relations avec Erdogan et donc les Turcs étaient aussi très présents ».
Quelle a été la conséquence pour la France ?
« Emmanuel Macron et Alpha Condé, au départ avaient de très bons rapports. Ça fait partie de tous ces chefs d’État qui ont de très bons rapports avec le président Macron au départ qui le voyaient arriver plutôt d’un bon œil même s’il y’avait des choses qui leurs avaient moyennement plus mais ils étaient tous prêts à travailler ensemble. Le moment de la rupture avec Alpha Condé c’est le moment du troisième mandat. Par ce qu’il y a eu cette séquence à l’automne 2020 où le président ivoirien Alassane Ouattara et le président Alpha Condé se sont tous les deux présentés à un troisième mandat. Il y’avait des élections présidentielles. Normalement la France aurait dû avoir une position de principe, on est pour ou contre les troisièmes mandats ou on laisse faire (…) Mais là, Emmanuel Macron a eu une position un peu inaudible pour tout le monde. C’est-à-dire qu’il a cautionné le troisième mandat d’Alassane Ouattara sous prétexte que ce dernier n’avait pas pu faire autrement par ce que celui qui voulait reprendre était mort donc c’était normale qu’il fasse un troisième mandat. Et puis, il n’a pas cautionné celui d’Alpha Condé et c’était une position incompréhensible par tout le monde. Ça été un moment de rupture avec Alpha Condé », a raconté notre consoeur dans cette VIDEO.
Décryptage : Thierno Oumar Diawara pour Courrier Régional



