Les nouvelles autorités guinéennes sont plus que jamais déterminées à faire face à la problématique de l’électricité. C’est du moins ce qu’on peut retenir de l’interview du ministre de l’énergie à travers des actions entreprises par son département. Aboubacar Camara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’est prêté aux questions de notre reporter, vendredi 23 août 2024 à Conakry.
Lisez plutôt son interview !
Vous dites que la crise énergétique que traverse la Guinée est une opportunité, en quoi serait-elle une opportunité Monsieur le ministre ?
« La crise énergétique en Guinée, comme dans de nombreux pays, peut être perçue comme une opportunité pour les dirigeants de mettre en place des réformes ambitieuses et durables en matière d’énergie. Cette crise tout d’abord a permis au Guinéen de comprendre que la situation énergétique du pays longtemps vanté mais qui reste à date une utopie. Il y’a eu des investissements, force est de le reconnaître mais nous n’avons pas eu de politique ayant permis de nous projeter dans le futur. C’est la raison pour laquelle le Chef de l’État a donné des orientations claires pour la diversification des sources d’énergie. À date, 80% de l’Energie livrée sur le réseau interconnecté provient de l’hydroélectricité. Mais avec tout ce que nous avons connu avec Souapiti et Kaleta, nous nous orientons davantage vers le Thermique et le solaire »
C’est quand même coûteux d’importer de l’énergie du Sénégal mais aussi le Bateau turc. L’argent du contribuable pourra t’il supporter ces factures ?
« Il est en effet coûteux d’importer de l’énergie au Sénégal, tout comme le recours à un bateau turc pour surmonter la crise énergétique. Ces dépenses financières peuvent être perçues comme un fardeau pour le contribuable, compte tenu des coûts potentiellement élevés et de l’impact financier à long terme que cela pourrait avoir sur les finances publiques. Cependant, il est crucial de considérer ces actions comme des investissements nécessaires dans les besoins primaires de la population, notamment en termes d’accès à l’électricité. L’électricité est essentielle pour le fonctionnement des foyers, des entreprises, des hôpitaux, des écoles, et est un moteur clé pour le développement économique et social d’un pays. En garantissant un approvisionnement énergétique fiable, le pays peut favoriser la croissance économique, la création d’emplois, l’amélioration des conditions de vie et la compétitivité sur le plan international. Ainsi, le sacrifice financier consenti pour répondre aux besoins énergétiques de la population peut être considéré comme un investissement stratégique dans le bien-être et le développement du pays. Il représente un engagement du Chef de l’État envers l’amélioration des conditions de vie de la population et la construction d’une nation plus prospère et résiliente. Par conséquent, bien que les coûts initiaux puissent être élevés, les retombées à long terme en termes de progrès socio-économique et de développement peuvent être considérées comme un soutien essentiel pour justifier ces investissements »
D’aucuns supposent que vous envisagez d’augmenter le tarif de l’électricité, en craignant que cela n’impacte le pouvoir d’achat des Guinéens. Qu’en est-il ?
« Il est crucial de faire la distinction entre les rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux et les mesures réelles prises par le gouvernement. L’électricité a un coût, mais le véritable défi actuel réside dans le taux de recouvrement insuffisant et la présence de nombreux branchements clandestins. De plus, les coûts opérationnels d’EDG sont excessivement élevés, ce qui souligne la nécessité d’une réforme interne en profondeur. Il est impératif d’abord de résoudre les problèmes internes avant d’envisager des solutions externes. L’insuffisance du nombre de clients d’EDG, les pertes sur le réseau, le faible taux de recouvrement et la qualité de service médiocre, doivent être améliorés. Il est évident qu’il existe un déficit important en termes d’effectifs sur le terrain, ce qui entrave les interventions rapides et efficaces. Il est nécessaire de mettre en place des mesures de réforme structurelle pour améliorer la performance d’EDG et permettre la prise de décisions éclairées. Par la mise en œuvre de diverses actions combinées, l’entreprise pourra résoudre ses problèmes actuels et viser une meilleure gestion de l’électricité en Guinée »
Qu’en est-il de la pose des compteurs à prépaiement au niveau des ministères à date ?
« À date tous les départements Ministériels sont dotés de compteurs et cela fonctionne à merveille. Nous n’avons pas rencontré de problème »
Revenons au compteur à prépaiement. Est-ce que cela va définitivement résoudre la fraude ?
« Le prépaiement n’est pas, à lui seul, un outil de lutte contre la fraude. Il serait dangereux de le voir ainsi dans la mesure où les surveillances sont moins fréquentes, puisqu’il n’y a plus de relevés de compteur. Certains clients peuvent alors être tentés de shunter avec la complicité des agents de zone le compteur (se connecter au réseau en mettant un câble avant le compteur). C’est pour cela que toutes les mesures sont prises pour veiller à ce que cela se passe dans les conditions les meilleures. L’usage d’une analyse informatique des achats de crédit, permet de repérer les clients anormaux, notamment ceux disposant d’un compteur de fort calibre avec des consommations très faibles ou erratiques »
Pourquoi alors c’est maintenant que la pose des compteurs à prépaiement devient une obligation ?
« Il est clair que le choix entre un compteur post-payé et prépayé revêt une grande importance pour nos consommateurs. Opter pour le prépaiement offre de nombreux avantages, notamment en matière de transparence et de contrôle de sa consommation énergétique. En effet, avec un compteur prépayé, chaque utilisateur peut suivre sa consommation en temps réel, maîtriser ses dépenses énergétiques et ainsi mieux gérer son budget. Cette approche éducative et préventive permet non seulement de mieux comprendre sa consommation d’énergie, mais également de réduire les risques de factures imprévues et élevées. En choisissant le prépaiement, on bénéficie d’une plus grande visibilité sur sa consommation et l’on évite les désagréments liés aux coupures intempestives et aux frais supplémentaires en cas de non-paiement. La transition vers les compteurs prépayés offre une meilleure expérience aux consommateurs, tout en contribuant à l’efficacité opérationnelle des entreprises énergétiques. Il s’agit d’une démarche équitable qui permet à chacun de payer pour sa propre consommation, sans subir les conséquences des fraudes et des pratiques malhonnêtes. En choisissant la transparence et la responsabilité que procure le prépaiement, les consommateurs peuvent contribuer à une gestion plus efficace et équitable de l’énergie »
Nous avons appris qu’une vaste campagne de pose compteurs va démarrer bientôt, pourquoi cela n’a jamais été le cas en Guinée ? Pour rappel, nous avons vu au temps d’Alpha Condé à Kaloum où EDG avait reculé sur son instruction.
« Bon écoutez ! Ils sont là, à ce que je sache, vous pouvez leur poser la question (…) Ce qui reste clair, nous serons imperturbables à propos des compteurs. Il est compréhensible que nous aspirions à un développement similaire à celui du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, mais nous devons également être conscients des défis financiers qui en découlent. Le progrès a un prix, parfois difficile à supporter. La refondation du pays est essentielle pour stimuler notre émergence. Avec un potentiel hydroélectrique important, la Guinée peut fournir jusqu’à 6000 mégawatts d’énergie, mais des investissements adéquats, la lutte contre le gaspillage et la fraude, ainsi qu’une attitude responsable sont nécessaires pour concrétiser ce potentiel. Il est de notre responsabilité de fournir de l’électricité à la population, mais il est également du devoir de chacun de s’acquitter de sa facture pour soutenir ce développement. On accuse les agents d’EDG d’être des corrompus, d’accord mais cette corruption ne se fait pas entre Tchadiens et agents d’EDG, c’est entre nous Guinéens. Donc que chacun comprenne que la pose compteur n’est contre personne, au contraire, il permettra dorénavant d’orienter les fonds colossaux absorbés par les subventions vers d’autres secteurs d’activité notamment l’éducation, l’emploi jeune, les infrastructures routières et la santé »
Il parait aussi que vous encouragez le partenariat public privé dans le secteur de l’Energie et cela est dû à quoi ?
« Bon vous savez il est clair que l’indépendance énergétique doit être notre priorité et objectif principal. Cela requiert de nombreux moyens et à date, l’État à suffisamment de priorités. Si vous prenez les centrales thermiques disponibles appartenant à l’État et mise à la disposition d’EDG, pour la plupart ils sont en sous capacité. Pourtant leur durée de vie c’est en moyenne 25 ans. À quoi sert de nationaliser totalement le secteur si l’on sait que nous n’avons pas de mains d’œuvre qualifiées pour les entretiens et une conscience professionnelle assurée pour la gestion. Il faut combiner les deux options à savoir faire face aux besoins immédiats ensuite se projeter sur l’acquisition de nos propres ressources énergétiques. Le partenariat me en EPC +F et BOT sont les bienvenus »
On apprend aussi que pour les contrats, vous êtes en train de les renégocier surtout le solaire que se passerait-il à ce niveau ?
« Les contrats que j’ai examiné sont clairs et bien structurés, mais ils ont été conclus il y a 3 à 4 ans et les circonstances ont évolué. Il est donc essentiel d’actualiser ces accords pour les adapter aux nouveaux enjeux. En ce qui concerne les accords de Power Purchase Agreement (PPA) pour les projets solaires, une concession de 25 ans est généralement standard en raison des normes financières internationales. Cependant, mon équipe et moi cherchons à renégocier la durée de la concession et le coût du kilowattheure. Il est impératif de comprendre que nos partenaires commerciaux ne sont pas présents par simple affection pour notre pays, mais dans un objectif d’affaires. Il est donc légitime de négocier afin de garantir un avantage équitable pour notre pays. Parfois, nous pouvons envisager d’augmenter le coût du kilowattheure tandis que nous réduisons la période de concession, ou bien revoir l’ensemble du contrat pour améliorer l’aspect financier. Il est important de saisir les opportunités qui se présentent et de rechercher des solutions gagnant-gagnant pour toutes les parties impliquées »
À un moment donné, nous avons constaté une pression énorme sur vous sur les réseaux sociaux. Comment vous surmontez tout ça ?
« Sourire (…) Vous savez on ne s’occupe pas de ça. Il est vrai que les critiques font partie intégrante de notre quotidien. Elles peuvent être une source de motivation et d’incitation à améliorer notre travail. Personnellement, j’apprécie qu’elles soient objectives ou non, car cela démontre l’intérêt que les gens portent à notre gestion. Les critiques sont donc loin d’être perçues comme une pression, mais plutôt comme un moteur qui nous pousse à nous améliorer constamment. Le plus important c’est d’améliorer le quotidien des gens, maintenant il faut savoir que même si l’on distribue du lait gratuitement et installons de l’or sur le bitume, certains ne seront jamais satisfaits. L’unanimité de Dieu même se pose et pourquoi pas nous les Hommes »
Parlant de la transition énergétique où vous en êtes, Monsieur le ministre ?
« Les projets avancent sereinement, vous savez au département, c’est une première de faire face à ce type de projet en tout cas dans la globalité. Nous n’avons aucun projet solaire ou éolien aujourd’hui. Donc il a fallu apprendre des autres pays de la stratégie de mise en place de tel projet mais aussi les conséquences environnementales à long terme. Nous sommes parvenus à faire évoluer des projets en Haute Guinée, il y’a aussi pour ceux de Linsan et de Boké en cours. On reçoit tellement d’offre spontanée mais avec nos exigences et ce que nous voulons, cela pousse les investisseurs à mieux se préparer financièrement mais aussi être suffisamment flexible car il s’agit de l’énergie, nous avons du potentiel. À cela s’ajoute, la réalisation de micro barrage qui peuvent alimenter des villes telles que Keno dans Guéckédou et Loffa dans Macenta. Il y’a également plusieurs projets en moyenne en Guinée ».
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