Le climat politique guinéen ne cesse de se dégrader, laissant planer le doute sur l’avenir du pays et la possibilité d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. L’omission de l’article 46 de la Charte de la transition a soulevé de nombreuses inquiétudes quant aux intentions « inavouées » du président de la transition, Mamadi Doumbouya.
En effet, la société civile, autrefois fer de lance du combat pour une transition rapide et transparente, a pratiquement disparu de la scène publique. Les acteurs qui plaidaient pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel semblent s’être effacés, soit par la force, soit par la peur des représailles. En parallèle, plusieurs leaders politiques de premier plan ont été contraints à l’exil, leurs voix étouffées par un climat de répression. Les mouvements de soutien à la candidature du président de la transition, quant à eux, se multiplient dans la capitale, renforçant l’impression d’une préparation tacite à une éventuelle reconversion de l’homme fort de Conakry en candidat à la présidence.
Ces mouvements de soutien ne sont pas anodins. Ils se manifestent régulièrement lors des retours de Mamadi Doumbouya après ses voyages à l’étranger, donnant lieu à des accueils fastueux, orchestrés à coups de millions. Derrière cette mise en scène, des distributions de tee-shirts, assorties de quelques billets pour une population en quête de survie, traduisent la nature clientéliste de ces démonstrations de loyauté. Pour une grande partie des Guinéens, affamés et plongés dans la précarité, ces gestes sont parfois la seule manière d’assurer le prochain repas, quels que soient les motifs politiques sous-jacents.
Cette instrumentalisation de la pauvreté contraste fortement avec la répression systématique des opposants. Alors que les soutiens du régime sont encouragés à manifester leur joie dans les rues, les opposants, eux, subissent arrestations, kidnappings et intimidations. La CRIEF (Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières) semble avoir été détournée de son objectif initial pour devenir un outil de règlement de comptes politiques. De nombreux anciens dignitaires de l’État croupissent en prison, sous des prétextes judiciaires qui, pour certains, semblent davantage motivés par des intérêts politiques que par une réelle volonté de justice.
Face à cette situation, de plus en plus de Guinéens s’interrogent : la transition vers un régime civil démocratique est-elle encore possible ? Le président Doumbouya tiendra-t-il sa promesse de ne pas se présenter aux élections ? Ou assiste-t-on à la mise en place d’une stratégie visant à prolonger, voire à pérenniser, la mainmise militaire sur le pouvoir ? Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la Guinée, un pays qui, trois ans après le coup d’État, attend toujours des réponses et des actions concrètes pour sortir de l’impasse.
Madiba Kaba, Journaliste



