A quelques jours de la commémoration de l’an 66 de l’indépendance de la République de Guinée, notre Rédaction s’est entretenue, le samedi 28 septembre 2024 avec un des témoins oculaires de ces évènements.
Dans cet entretien exclusif, Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo, enseignant à la retraite résident à Labé en Moyenne-Guinée, a bien voulu nous parler, à cœur ouvert, de ces dates glorieuses, historiques et significatives à la fois. Du 28 septembre 1958 au 02 octobre de la même année, les souvenirs de notre interlocuteur sont encore vivaces.
Lisez plutôt son témoignage riche en enseignements !
Courrier Régional : Tout d’abord, que représente pour vous le 28 septembre 1958 dans l’histoire de la Guinée ?
Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo : « Cette date est le symbole d’un long combat contre le colonialisme. Elle marque le jour où la Guinée a courageusement voté « Non » à la proposition de la communauté avec la France, affirmant ainsi son droit à l’autodétermination. C’était un moment déterminant, car la Guinée est devenue le premier pays d’Afrique à choisir l’indépendance ».
Quels événements ont suivi ce référendum et comment ont-ils façonné le pays ?
« Après le vote, la France a immédiatement retiré son assistance, ce qui a forcé la Guinée à s’organiser. Le 02 octobre 1958, l’Assemblée territoriale s’est proclamée Assemblée nationale et la République de Guinée a été officiellement créée. En décembre de la même année, nous avons été reconnus par les Nations-Unies, ce qui a marqué un tournant dans notre histoire ».
Quel était votre sentiment en tant que jeune à l’époque de l’indépendance ?
« À 13 ans, j’étais passionné par l’idée d’indépendance. Je me souviens avoir affiché un bulletin de vote pour le « Non » le jour du référendum, malgré les risques. Cela témoigne de l’enthousiasme et de la détermination de ma génération à lutter pour la liberté ».
Quelle analyse faites-vous entre la Guinée d’alors et celle d’aujourd’hui ?
« Il y a eu des grands progrès, il ne faut pas le nier. Il y a une transformation heureuse dans les gestions de la vie collective et individuelle. On n’a pas le temps d’énumérer tout ça mais quand tu compares le passé et le présent, et si nous prenons le cas du complot permanent par exemple où nous avons enregistré au moins 100 milles exécutées pendant le régime colonial, vous comparez cela à ces jours, est-ce que c’est la même chose ? A l’époque l’Enseignement était donné en langue nationale, or les langues nationales n’étaient pas préparées pour être des langues d’Enseignement. La Guinée composée de quatre régions, les différentes ethnies suivaient l’Enseignement et chacune dans sa langue. Le français étant la langue qui réunit toutes ces ethnies a été restauré. Au plan économique, au lieu d’avoir une économie centralisée, il y a eu l’initiative privée, notamment la décentralisation. Et avant, les commerçants étaient taxés par des fossoyeurs de l’économie nationale. Personne ne pouvait s’enrichir. Mais aujourd’hui il y a le libéralisme économique ».
Comment évaluez-vous les progrès réalisés depuis l’indépendance ?
« Il y a eu des avancées considérables. Sur le plan des droits et des libertés, nous avons connu une transformation. L’Enseignement, autrefois dispensé dans les langues nationales, a été unifié en français, ce qui a favorisé l’unité nationale. Économiquement, nous sommes passés d’un système centralisé à un modèle plus libéral, permettant aux commerçants de prospérer ».
Quel message souhaitez-vous transmettre aux Guinéens ?
« Je veux souligner l’importance de l’unité nationale. Il est crucial de dépasser les divisions ethniques et de cultiver une vision politique collective. Seule une telle démarche nous permettra de surmonter les défis actuels et d’assurer un développement durable pour la Guinée. De plus, les médias ont un rôle clé à jouer en défendant les vérités qui unissent plutôt que celles qui divisent ».
El Hadji, un mot avant de nous quitter s’il vous plaît ?
« Je ne pourrais vous dire grand merci pour cette opportunité que vous m’offrez pour exprimer ma gratitude. Je profite alors de votre micro pour rappeler l’importance d’unir les voix pour bâtir un avenir prospère pour les fils et filles de la Guinée ». FIN
Interview réalisée par Dalanda Bah / dalanda-bah@courrierregional.com



