Bah Oury, autrefois figure emblématique de l’opposition, celui qui s’était dressé avec force contre la candidature de Moussa Dadis Camara en 2009, est aujourd’hui premier ministre d’un gouvernement de transition qu’il défend avec ardeur. Celui qui était à la tête de la marche historique du 28 septembre 2009 pour dire « non » à une présidence militaire, se trouve désormais à justifier la candidature d’un autre militaire. Comment expliquer un tel revirement ? Qu’est devenu l’homme qui incarnait la lutte pour la démocratie en Guinée ?
En 2009, Bah Oury menait la contestation contre la junte, refusant que le pays soit pris en otage par les ambitions d’un homme en uniforme. Ce jour-là, il portait l’espoir de milliers de Guinéens qui aspiraient à un retour rapide à la démocratie. Mais aujourd’hui, ironie du sort, il plaide pour la candidature du président de la transition, un autre militaire, au mépris de ce pour quoi il s’était battu.
Ce revirement marque un tournant déconcertant. Bah Oury, qui incarnait la résistance face aux régimes militaires, se retrouve aujourd’hui à soutenir une prolongation de cette mainmise militaire. Ce qui se lit dans son discours, ce n’est plus la défense de principes démocratiques, mais une adaptation aux circonstances, un reniement qui trahit la fragilité des convictions face au pouvoir.
L’Éternel Recommencement : Un Cycle Sans Fin
Ce retournement de Bah Oury symbolise parfaitement la malédiction qui semble peser sur la Guinée : l’éternel recommencement. Depuis l’indépendance, chaque transition politique est marquée par des promesses de changement, des espoirs de renouveau, avant que la réalité ne rattrape le pays et que les vieilles habitudes ne reprennent le dessus.
Le 5 septembre, Alpha Condé est déposé par une junte militaire, alors qu’il régnait en maître absolu sur la Guinée. Le pays a vu, dans ce coup de force, une opportunité de repartir à zéro, avec des promesses de justice, de transparence et de responsabilité. L’enthousiasme des premières semaines laissait croire que les erreurs du passé seraient évitées. Un arrêté interdisant tout mouvement de soutien au président de la transition semblait symboliser cette volonté de rupture.
Mais rapidement, les espoirs se sont dissipés. La répression s’est installée avec une nouvelle intensité. Kidnappings d’activistes de la société civile, répressions brutales des manifestations, arrestations arbitraires… L’état de droit, déjà fragile, semble désormais totalement absent. Ceux qui avaient promis de servir la Guinée se sont progressivement approprié tous les leviers de pouvoir, au mépris des promesses de changement.
Le ministre de la Décentralisation, dans une volonté manifeste de renforcer l’emprise du gouvernement, a même envoyé des missions dans les collectivités locales pour distribuer des portraits du président en uniforme, comme si la personnification du pouvoir et le culte de la personnalité étaient des réponses aux attentes de la population. Un tel geste, digne des pires régimes autoritaires, envoie un message clair : l’individu prime sur les institutions et les principes.
Les Figures de la Démocratie, Nouveaux Complices du Pouvoir
Le plus déconcertant dans cette situation, c’est de voir des figures de la lutte démocratique, comme Bah Oury, soutenir une prolongation du régime militaire. Comment comprendre que l’homme qui a mené la marche du 28 septembre 2009, risquant sa vie pour s’opposer à la candidature de Dadis, se retrouve aujourd’hui à applaudir la candidature d’un autre militaire ?
Bah Oury, autrefois la voix de la résistance, semble aujourd’hui avoir sacrifié ses idéaux. Ce reniement est un symbole tragique de la fragilité des engagements politiques en Guinée. Ceux qui s’opposaient hier aux abus du pouvoir militaire se retrouvent aujourd’hui à les justifier, trahissant ainsi les espoirs de milliers de Guinéens.
Qu’avons-nous Fait à Dieu ?
Ce cycle de promesses non tenues et de trahisons répétées condamne la Guinée à une instabilité chronique. À chaque transition, les mêmes erreurs se répètent : les promesses de démocratie s’effacent devant la réalité du pouvoir. Les élites, plutôt que de se battre pour un véritable changement, préfèrent souvent s’adapter aux circonstances et se positionner du côté des puissants.
Bah Oury, en justifiant aujourd’hui une candidature militaire, s’inscrit dans cette longue tradition de reniements. Ce qu’il faut craindre, c’est que cette énième répétition du cycle politique guinéen n’entraîne le pays encore plus loin dans le désespoir. Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ? Pourquoi la Guinée semble-t-elle condamnée à recommencer sans cesse les mêmes erreurs, à voir ses espoirs de changement s’éteindre à chaque tournant ?
Si Bah Oury, symbole d’une opposition farouche, peut renier ses engagements, que reste-t-il à espérer pour la Guinée ? L’heure est venue de rompre avec ce cycle infernal, de tirer les leçons du passé et d’enfin bâtir une démocratie où les principes ne sont pas sacrifiés sur l’autel du pouvoir.
Madiba Kaba, journaliste



