Le 5 septembre 2021, un vent de renouveau a balayé la Guinée. Un souffle d’espoir tant attendu, après des années d’étouffement sous le régime d’Alpha Condé, un pouvoir qui avait fini par écraser une Nation déjà exsangue après des décennies de mauvaise gouvernance. Ce jour-là, nombreux étaient ceux qui croyaient enfin à la fin d’un cauchemar. Mais aujourd’hui, force est de constater que le démon a simplement changé de visage. La transition promise vacille, et l’avenir du pays semble plus incertain que jamais.
Le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) avait séduit. Politiques, société civile, syndicats, médias… Tous avaient cru à la promesse d’un nouveau départ. Trois ans plus tard, que reste-t-il de cet espoir ? Où est passée notre démocratie ? Notre vivre-ensemble ? Les enlèvements spectaculaires de figures engagées comme Foniké Menguè, Billo Bah, Marouane, Nimaga et Abdoul Sacko sont autant de signaux alarmants d’un pouvoir qui bascule dans l’autoritarisme. Ces actes, loin d’être isolés, révèlent une machine répressive qui traque sans pitié toute voix dissidente. La peur s’installe, et l’étau se resserre sur ceux qui refusent de se taire face à cette nouvelle barbarie.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Le « sauveur » autoproclamé, porté par les aspirations légitimes d’un peuple assoiffé de changement, semble aujourd’hui prisonnier des mêmes travers que ses prédécesseurs. N’avons-nous pas déjà vécu cette histoire ? N’a-t-on pas, un temps, cru en Dadis comme en un « Moïse » guinéen, capable de mener son peuple vers la terre promise ? N’a-t-on pas, hier encore, célébré Alpha Condé comme l’homme providentiel, avant qu’il ne sombre dans les abîmes du pouvoir absolu ?
Les vautours, eux, n’ont pas changé. Ils rôdent toujours, avides de pouvoir, prêts à piétiner cadavres et principes pour servir leurs intérêts. Sous couvert de campagnes de soutien et de mouvements de propagande, ils soufflent à l’oreille du général que son destin est tout tracé : une candidature à la présidentielle. Non pas pour servir la nation, mais pour perpétuer leur festin, pour continuer à piller un pays déjà à genoux.
Et pendant ce temps, les médias ferment les uns après les autres, réduits au silence par un pouvoir qui ne tolère plus la critique. Des milliers de journalistes se retrouvent sans emploi, privés de leur voix et de leur moyen de subsistance. La liberté de la presse, pilier essentiel de toute démocratie, est méthodiquement étouffée. Les rares voix qui osent encore s’élever sont réduites au silence par l’intimidation, les arrestations arbitraires ou pire. L’information est muselée, et avec elle, l’espoir d’un débat public libre et éclairé.
Que Dieu sauve la Guinée ! Car il semble que nous soyons condamnés à répéter les mêmes erreurs, à tomber dans les mêmes pièges, à croire aux mêmes illusions. Le peuple guinéen mérite mieux que cela. Il mérite une véritable transition, une démocratie solide, et des dirigeants qui servent l’intérêt général plutôt que leurs propres ambitions.
Madiba Kaba, Journaliste



