Dans sa mission d’observations « indépendantes » sur le respect des droits humains en Guinée, Amnesty International a publié son rapport annuel, le mardi 29 avril 2025. En parcourant son rapport, l’organisation a décrit en détail les violations systématiques des droits humains dans le pays, dressant un tableau alarmant de la répression en cours sous la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 à Conakry.
Voici le Rapport annuel d’Amnesty International !
« Amnesty International accable la Guinée (Rapport 2025)
Le rapport annuel d’Amnesty International sur la Guinée est désormais disponible. Dans cette édition 2025, publiée le 29 avril, l’organisation dresse un tableau sombre de la situation des droits humains dans le pays. Plusieurs violations y sont recensées :
– Répression accrue de toute dissidence pacifique ;
– Maintien de l’interdiction totale des manifestations, avec un usage excessif de la force par les forces de sécurité ;
– Restriction de l’accès à Internet et retrait d’autorisations d’émettre à plusieurs médias ;
– Arrestations arbitraires et disparitions forcées de militant·e·s ;
– Condamnation de huit hommes pour crimes contre l’humanité dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre 2009.
Contexte
Les sanctions de la CEDEAO, imposées après le coup d’État de septembre 2021, ont été levées en février. En juillet, un projet de nouvelle Constitution a été présenté. Toutefois, la transition prévue pour s’achever en 2024 n’a pas pris fin, en violation de l’accord avec la CEDEAO. Le pays a souffert de coupures d’électricité liées à l’explosion d’un dépôt de carburant en décembre 2023, provoquant une flambée des prix des denrées de base et perturbant l’économie.
Liberté de réunion pacifique
Depuis mai 2022, l’interdiction des manifestations demeure. Pourtant, des rassemblements favorables au président ont été autorisés. Le 17 janvier, le ministre de l’Administration du territoire a menacé de suspendre ou retirer l’agrément des partis et organisations dénonçant cette interdiction. Des manifestations ont eu lieu malgré tout, sévèrement réprimées : plusieurs personnes ont été tuées ou blessées.
Le 26 février, des syndicats ont déclenché une grève pour protester contre la cherté de la vie, la censure des médias et l’arrestation d’un journaliste syndicaliste. À Tamouya (Boffa), un manifestant de 17 ans a été tué, vraisemblablement par les forces de sécurité. Le 12 mars, deux enfants de 8 et 14 ans ont été abattus lors de manifestations à Kindia à la suite d’une coupure de courant. Le parquet de Kindia a ouvert une enquête. Depuis septembre 2021, au moins 47 manifestants ont été tués.
Liberté d’expression et d’association
L’espace civique reste fortement restreint. Le 21 mai, les autorités ont annulé les autorisations de plusieurs radios (FIM FM, Espace FM, Sweet FM, Djoma FM) et télévisions (Djoma TV, Espace TV), évoquant le non-respect des cahiers de charges. Les restrictions d’Internet imposées en novembre 2023 ont été levées en février. Le 2 septembre, plusieurs ONG ont vu leur agrément suspendu pour quatre mois.
Détention arbitraire
Le 18 janvier, neuf journalistes ont été arrêtés lors d’un sit-in à la Maison de la presse. Libérés le lendemain, un autre journaliste, Sekou Jamal Pendessa, a été arrêté et condamné le 28 février à trois mois de prison (dont deux avec sursis). Il a été immédiatement libéré après un mois de détention.
Disparitions forcées
Le 9 juillet, Omar Sylla, Mamadou Billo Bah et Mohammed Cissé, membres du FNDC, ont été arrêtés à Conakry. Cissé, relâché le lendemain, a rapporté avoir été détenu sur l’île de Kassa par des forces spéciales, où les trois hommes auraient été torturés. Les autorités ont nié ces arrestations. À la fin de l’année, Omar Sylla et Mamadou Billo Bah étaient toujours portés disparus. Le journaliste Habib Marouane Camara, arrêté le 3 décembre, reste introuvable selon les autorités.
Conditions de détention inhumaines
Le 5 mai, trois personnes sont mortes dans des locaux de la police et de la gendarmerie à cause d’une canicule extrême. Le 25 juin, le procureur militaire a annoncé la mort en détention de Sadiba Koulibaly, ancien chef d’état-major, arrêté le 4 juin et condamné à cinq ans de prison. Officiellement mort d’un arrêt cardiaque, son avocat conteste cette version, affirmant que Koulibaly était en bonne santé. Le HCDH a également dénoncé les conditions de détention des mineur·e·s : surpopulation, détention sans procès, et conditions déplorables.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
Le 31 juillet, huit hommes ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité pour leur implication dans le massacre du 28 septembre 2009. Plus de 150 manifestants avaient été tués ce jour-là, et plus d’une centaine de femmes victimes de violences sexuelles.
Droits des femmes et des filles
Selon l’UNICEF (2024), 95 % des femmes et filles âgées de 15 à 49 ans en Guinée ont subi des mutilations génitales. L’accès aux soins médicaux et psychologiques pour les victimes de violences sexuelles reste très limité ».



