Pour la première fois en Guinée, la rentrée scolaire est fixée au 15 septembre 2025, quelques jours seulement avant le référendum prévu le 21 septembre. Une décision qui intervient dans un contexte économique difficile : aucun fonctionnaire ne sera payé à cette date et le pays fait face à une crise de liquidités qui touche directement les familles et les établissements scolaires.
Sur le terrain, à Matam comme à Kaloum, les parents expriment leur inquiétude. « Je ne comprends pas cette rentrée si rapide. C’est une première en Guinée… nous nous posons beaucoup de questions sur le pourquoi. Certains disent que ça pourrait être lié au référendum, mais avec cette crise et le fait que beaucoup de fonctionnaires ne seront pas payés, c’est encore plus compliqué pour nous », lance Mariama Sylla, mère de deux collégiens.
Alhassane Camara, père de quatre élèves du primaire, ajoute : « C’est dur pour nous. Les écoles privées nous demandent à l’inscription de payer 2 à trois mois plus les frais d’inscription. Avec aucun salaire prévu le 15, comment allons-nous acheter les uniformes et les cahiers ? On dirait que cette rentrée n’est pas uniquement pour l’école, mais pour autre chose. »
D’autres parents expriment un mélange de frustration et de résignation. Aïssata Bah, mère de trois enfants, soupire : « On fait comme on peut. Mais c’est dur de voir nos enfants pris dans quelque chose qui ne concerne pas directement leur apprentissage. L’État doit voir la souffrance des parents, ce ne sont pas eux qui nous donnent l’argent pour payer tout ça »
Cette rentrée en plein milieu du mois pose donc un problème pratique et financier pour les familles. Les fournitures scolaires, les uniformes, les frais d’inscription et les mensualités représentent un poids considérable, aggravé par la crise de liquidités qui touche le pays.
Pour les enseignants, la prudence est de mise. Moustapha Soumah, professeur d’histoire au lycée Donka, donne son avis : « Ceci est mon avis personnel, mais jamais par le passé le 15 septembre n’a été choisi comme date officielle pour la rentrée scolaire en Guinée. Je pense qu’il faudrait justifier cette décision par voie officielle et ne pas laisser les parents et enseignants dans l’incertitude.
Pour son impact, il sera très difficile d’avoir une rentrée effective à cette date. Ni les élèves, ni les parents, ni même les enseignants ne sont prêts à réunir tout le nécessaire pour la reprise des cours. De plus, des milliers d’enseignants ont leurs salaires de juillet et août bloqués, ce qui complique encore la situation.
Un autre angle concerne les écoles privées, qui rémunèrent leurs enseignants en fonction des frais de scolarité. Avec la rentrée du 15 septembre, elles devront faire payer le mois de septembre, et pour ne pas imposer dix mois de paiement, le MEPU-A, à travers l’IGE, devra programmer l’année scolaire de manière claire, par exemple du 15 septembre 2025 au 30 mai 2026.
Enfin, il ne faut pas oublier que les enseignants rentrent habituellement de vacances avec les salaires de juillet et août payés fin juillet, souvent utilisés avant la fin août. Ils préparent donc leur retour avec le salaire du mois de septembre, ce qui complique encore la planification d’une rentrée anticipée. »
Dans les quartiers populaires comme dans les zones plus aisées, les discussions vont bon train. Les parents s’interrogent sur les raisons réelles de cette rentrée anticipée. Beaucoup y voient un enjeu politique, tandis que d’autres souhaitent simplement que l’école reste le lieu d’apprentissage qu’elle doit être.
Entre pressions économiques, frais élevés dans les écoles privées, crise de liquidités et implications politiques, cette rentrée du 15 septembre apparaît comme un véritable test pour le système éducatif guinéen, mais aussi pour les familles et les enseignants qui doivent concilier scolarité, préparation matérielle et vie quotidienne. Les regards sont désormais tournés vers les autorités : sauront-elles répondre aux besoins réels des enfants et du personnel éducatif, ou cette rentrée restera-t-elle un instrument au service d’un objectif politique ?
Madiba Kaba pour Courrier Régional / courrierregional@gmail.com



