Par N’Faly Kouyaté (Opinion) – Retraiter une légende de la guitare, c’est en réalité assassiner sa carrière. Comment un musicien de son rang, qui n’a pas d’administration derrière lui, pourra-t-il vivre après ? De la mendicité ? Alors qu’il pourrait profiter pleinement de la longévité exceptionnelle de sa carrière, on choisit de l’ignorer, voire de l’effacer.
J’ai vu Djelimady Tounkara du Mali ou Djidji du Congo-Kinshasa — ce dernier ayant même collaboré avec Stromae — continuer à faire vibrer leurs guitares malgré les années. La Méga star Sékou Bembeya a eu la chance de bénéficier d’une carrière longue et en bonne santé. C’est maintenant qu’il fallait lui offrir le soutien nécessaire pour qu’il puisse continuer à briller et transmettre son art.
L’exemple de l’orchestre Baobab est parlant : aujourd’hui, ils tournent à plein régime en Europe, avec anciens et nouveaux membres. Il y a trois ans, j’ai vu Poly-Rythmo du Bénin à Bruxelles, certains membres marchant avec des béquilles ou assistés, et pourtant, ils ont été ovationnés comme des héros. Pourquoi ne pas accorder le même respect à l’un des pionniers de la musique africaine, Sékou Bembeya, de son vivant ?
Priver Sékou Bembeya de sa place dans le Bembeya Jazz National, c’est non seulement assassiner sa carrière, mais aussi compliquer le redécollage de cet orchestre emblématique de Guinée. Un artiste ne devrait jamais être forcé à la retraite ; sa contribution ne diminue pas avec l’âge. L’année dernière encore, j’ai eu l’honneur de voir Salif Keita à Bruxelles : malgré les années, entouré de jeunes talents, il a offert un concert magistral assis, et le public l’a acclamé comme jamais.
Voir une photo de Sékou Bembeya en larmes m’a profondément bouleversé. Ces larmes ne sont pas de la résignation : elles témoignent de son désir inextinguible de continuer à offrir sa musique. Au lieu de lui donner les moyens de prolonger sa légende, on lui retire ce droit fondamental. Pendant ce temps, des groupes comme le Buena Vista Social Club ou Aragon continuent de jouer et de rayonner, montrant qu’un artiste n’est jamais “trop vieux” pour partager son art.
Sékou Bembeya mérite le même respect et la même considération que ses pairs. L’assassinat symbolique de sa carrière est une perte pour la Guinée et pour la musique africaine dans son ensemble.
N’Faly Kouyaté



