En France, la 16ème Conférence Nationale des Métiers du Journalisme s’est tenue à Tours le jeudi 29 janvier 2026, à l’École Publique de Journalisme. Des professionnels de l’information ont discuté de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), ainsi que des questions d’éthique et des attitudes à adopter face aux nouvelles technologies. Madame Lydia Berroyer, conférencière et responsable de l’accompagnement de la Transition Numérique chez France Médias Monde, a expliqué à notre reporter que l’IA ne doit pas être vue comme une solution miracle…
Lisez plutôt son interview !
Courrier Régional : l’IA intègre désormais les rédactions. Quel est votre avis sur son usage par les médias, Madame Lydia Berroyer ?
Lydia Berroyer : « Alors aujourd’hui, elle peut être très utile, par exemple, pour le montage. Elle aide beaucoup au montage. Je pense notamment à vous qui travaillez en radio. Ça peut être pour nettoyer le son. Vous faites la captation. Pas de chance, ça résonne. Des outils d’IA peuvent vous aider à faire ce nettoyage-là. Ça ne remplace pas, bien sûr, un ingénieur du son, si vous voulez faire un habillage particulier ou une scénarisation ou autre. Mais en tout cas, dans l’instant, ça peut déjà aider à rendre un son, par exemple, acceptable. Et puis, ensuite ça peut aider à la traduction, à la retranscription. Vous voulez dérocher, voilà, retranscrire ce qui a été dit dans le son ou dans l’image. Ça vous fait le texte. Ça, ce n’est pas mal du tout. Après aujourd’hui, ce qu’on a dit dans les ateliers, c’est que dans les rédactions, il n’y a pas proprement dit d’utilisation massive de l’IA. Tout simplement parce que les outils métiers traditionnels n’ont pas encore évolué, mais ça va être. Et puis après, il va falloir se poser la question de comment on l’utilise ? Qu’est-ce qui est déontologique ? Qu’est-ce qui respecte notre métier ? L’authenticité, toujours être à la recherche. Qu’est-ce qui nous différencie d’un contenu automatique, d’un humain qui a fait une rencontre et qui traduit cette rencontre ? Voilà, c’est un peu ça l’idée du débat aujourd’hui ».
CR : Compte tenu de l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les salles de rédaction, pensez-vous que cette évolution pourrait compromettre l’exercice professionnel du métier de journaliste ?
LB : « C’est-à-dire que la méconnaissance des plateformes, des moyens de diffusion, de l’attente du public, et le fait d’utiliser l’IA comme vraiment un outil miracle pour tout, oui, bien sûr. Parce que le problème qui se pose avec l’IA, c’est exactement le même problème qui se posait lorsque l’internet est arrivé avec l’indexation Google. C’est-à-dire qu’on a uniformisé nos moyens d’écriture pour correspondre à la maquette du Search de Google. Et là, il y a un outil qui accélère encore plus tout ça, puisque cela rajoute en fait à une synthèse de l’information qui est faite sur les sites, qui est la « reboutique », qui lui donne un nouveau format, plus naturel, mais cela se base toujours sur les mêmes principes. Donc oui, utiliser l’IA pour faire du contenu à la chaîne, sans âme, avec de piètre qualité, avec un langage qui n’est pas forcément vraiment intéressant, enfin enrichi, etc. En fait, quelle est la valeur ajoutée pour celui qui vient le lire ? Ou pire, celui qui vient acheter le contenu ».
CR : Quels conseils donneriez-vous aux utilisateurs de l’IA ?
LB : « Alors, l’IA ne fait pas gagner du temps. En revanche, cela peut être un outil qui aide à la recherche. C’est-à-dire que si vous faites de l’enquête, si vous voulez aborder, vous voulez questionner sur un sujet, cela peut vous aider un peu à la manière que travaillent déjà depuis une dizaine d’années ou même presque 20 ans des gens qui sont dans l’univers du cinéma ou des jeux vidéo. Sur un scénario, ils interrogent et cela leur donne des pistes de réflexion. Là, oui. Si vous connaissez bien votre sujet, vous avez tout un tas de documents, vous voulez poser des questions précises, vous voulez recouper ces informations-là, oui, cela peut être utile, parce que vous, vous avez quand même le savoir pour poser la question et vraiment interpréter ce que va dire l’IA par rapport au sujet que vous maîtrisez et poser les bonnes questions. Donc cela va être un vrai atout. Cela va être un atout aussi sur la traduction ou des outils qui facilitent la retranscription, ce genre de choses. Mais après, pour le reste, c’est votre cerveau, votre savoir, qui vous êtes, votre personnalité qui fait tout ».
CR : Quels sont les outils d’intelligence artificielle que vous recommanderiez aux journalistes, aux professionnels du secteur ?
LB : « Alors, parmi les IA qui existent, il y a Perplexity, Cloud, il y a ChatGPT. En fait, toutes ces IA qui existent, en tout cas en Chat, elles vont être utiles, elles vont avoir des manières de répondre à des sujets différents. Par exemple, ChatGPT va être bon pour la mise en forme du résultat, alors que parfois Perplexity va plus en approfondir. En fait, ce qu’il faut interroger, ce sont les liens que l’IA va aller chercher. Et souvent, c’est intéressant aussi de les confronter. Ne restez pas fixés sur une seule IA, parce qu’elle va vous donner sa manière de fonctionner, un peu comme un humain, finalement, et vous n’aurez pas d’autres versions. Donc, l’idéal, et même quand il y aura d’autres IA, je pense à l’Afrique qui est en train d’émerger avec ses propres IA, ses propres biais, la Chine, le continent asiatique etc. Ce sera toujours intéressant d’aller questionner d’autres visions de la vie, des choses, du bonheur, que sais-je ? du monde du travail, des sujets que l’on traite ».

Thierno Diawara pour Courrier Régional / thierno@courrierregional.info



