Idriss Fall, ancien rédacteur en chef du service francophone de la Voix de l’Amérique (VOA), a tiré sa révérence vendredi 24 juillet 2026, à l’âge de 72 ans à Washington, des suites d’une longue maladie, a-t-on appris. Connu pour son professionnalisme dans le traitement de l’information durant ses trente années passées à la VOA, sa mort affecte profondément le monde des médias, en particulier ses anciens collaborateurs.
C’est le cas de Georges Léonard Sagno, du service des Sports de la VOA, qui pleure la disparition d’un amoureux du micro. « Le doyen Idriss Fall aimait profondément le métier de journaliste. Il l’a exercé avec brio, avec sagesse, avec rigueur, avec détermination, mais surtout avec beaucoup, beaucoup plus d’humanisme, car tous les chefs politiques africains qui passaient à la rédaction, il les accueillait à bras ouverts. Il ne manquait jamais de leur dire : « Vous avez foutu la merde en Afrique. Vous, les politiciens, quand est-ce que le continent va devenir un continent heureux ? » Je me rappelle ses échanges avec le président Félix Tshisekedi, avec Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, lorsqu’il était passé à la rédaction. Les Martin Fayulu, les opposants, Moussa Mara du Mali, et tant d’autres : il les taquinait toujours. Il avait beaucoup d’amour pour le continent africain, mais il était en même temps très pessimiste face aux guerres et aux rébellions », a témoigné Georges Sagno.
Cet ancien collaborateur d’Idriss Fall revient sur les coulisses de la rédaction, lorsque le défunt s’était entretenu notamment avec le célèbre soldat ivoirien IB. « Justement, en parlant de rébellion, ah ça, c’est bien Idriss, ça. Je pense à la rébellion en Côte d’Ivoire, quand le soldat IB, des Forces nouvelles, a été tué. Avant sa mort, il l’avait interviewé. Il était le seul journaliste à avoir interviewé IB avant que les forces de l’ordre ne l’abattent dans un quartier d’Abidjan. Il discutait avec lui. J’étais là, à la rédaction, je le suivais, je le regardais, puisque son bureau et le mien se faisaient face. IB l’a appelé sur son téléphone et ils ont commencé à échanger. Puis IB lui a dit : « Idriss, tu vois, ils sont en train de tirer sur moi, là. » Et lui de répondre : « Mais qui tire sur vous ? Qui est en train de tirer ? » IB a répondu : « C’est Guillaume Soro, c’est Soro qui fait ça. » On entendait des crépitements de balles. Le doyen Idriss a alors enregistré depuis son bureau, avec son téléphone. Quelques minutes plus tard, la nouvelle est tombée : IB était mort, abattu dans un quartier d’Abidjan. On est aussitôt passés à l’antenne avec cette interview. Tu imagines ? C’était un scoop en or, et c’est Idriss qui l’avait décroché. Cette bande sonore, on l’a repassée pendant longtemps », a-t-il expliqué.
Et de conclure : « Voilà, c’est pour dire que nous perdons, très franchement, un grand homme et un grand journaliste. Idriss Fall était ce journaliste africain qui n’avait pas froid aux yeux face à un chef politique. Prions pour le repos de son âme. C’est la fin d’une certaine génération. »

Pour rappel, Idriss Fall avait été recruté en décembre 1992 depuis la France, où il résidait, pour rejoindre le service francophone de la Voix de l’Amérique. Il laisse le souvenir d’un journaliste chevronné.
Par Thierno Diawara / courrierregional@gmail.com




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