Le Comité pour la Protection des Journalistes a décerné le prestigieux Prix International de la liberté de la presse à la célèbre journaliste d’investigation, la nigérienne Samira Sambou, vendredi 22 novembre 2024 à New York. C’était à l’occasion de la 34ème édition des travaux du CPJ, en présence des professionnels de l’information et de la communication, venus des pays membres de l’organisation.
Le Prix décerné à notre consœur vise à récompenser ses efforts dans le cadre la promotion de la liberté de la presse. De passage à Washington DC, la lauréate Samira Sambou s’est prêtée aux questions de Nathalie Barge de la Voix de l’Amérique (VOA).
Entretien !
« Pour moi c’est un prix de la liberté. C’est le prix de la liberté et ce n’est pas que mon prix. Comme je le dis souvent, c’est le prix aussi des institutions. C’est quand même assez paradoxal. C’est le prix des institutions de l’État qui ont accepté de nous accompagner à travers justement cet engagement que nous avons eu de demander plus de droits en ligne parce que l’État du Niger ne reconnait pas aujourd’hui le journalisme en ligne. Et ces institutions de l’État ont eu à travailler avec nous, que ce soit le ministère de la Justice, à travers lequel justement nous avons été condamnés à plusieurs reprises par la justice nigérienne. Mais malgré tout, ils ont tenu à s’assoir avec nous chaque fois que nous les avons conviés, pour regarder justement les manquements qu’il y a concernant la Loi sur la cybercriminalité ».

A propos de souffrances, vous avez été arrêtée plusieurs fois, même emprisonnée, par trois régimes différents, y compris l’actuel régime militaire. Comment vous avez vécu ces périodes ?
« Ce sont des périodes de tristesse, ce sont des périodes de désolation. Et par moment il faut aussi dire que nous sommes touchés dans notre dignité, parce que souvent, nous sommes traités comme des criminels avant que la vérité ne soit faite. Et souvent même quand la vérité est faite, elle n’est pas exposée au grand public. Donc c’est avec beaucoup d’amertume que je me dis que j’ai été enlevée par mon État pour lequel j’ai travaillée, parce que j’ai tenu à faire les choses dans les règles, que j’ai été arrêtée en prétextant que je suis en intelligence avec des puissances étrangères pour détruire mon pays. Je ne crois pas qu’un citoyen doté de bon sens puisse agir de telle. Je ne vais pas rentrer dans les détails du dossier, qui est, si je ne me trompe pas, toujours en cours. Mais je pense que la société ne connait bien. Mes amis me connaissent bien. Le travail que j’ai fait en ligne, je pense, expose assez largement que je suis, oui, non pas une citoyenne du Niger seulement, je suis une citoyenne du monde. Je crois que nous pouvons vivre en harmonie avec tous les peuples du monde. C’est une question de morale, c’est une question de valeur, c’est une question de principe. Et je ne pense pas que parce qu’on défend ces valeurs, que nous sommes un ennemi de notre nation, tel que certains veulent le faire croire, qu’il faut se ranger de telle ou telle partie pour être un bon citoyen. Je ne crois pas qu’il ne s’agisse de cela. Il faut se ranger dans les valeurs qui sont connues à travers la moralité que nous avons tous et qui, je le répète, est universelle », a-t-elle conclu.

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